La géolocalisation sur téléphone mobile : vers un humanitaire participatif
Géolocalisation et SMS reporting sont devenus les nouveaux outils des interventions d’urgence. En générant des cartes interactives en situation de crise, les téléphones portables permettent aux secours d’être informés rapidement de l’évolution de la situation. Plusieurs initiatives dédiées ont vu le jour depuis quelques mois en Haïti, au Pakistan, ou en Russie. Quand votre mobile devient Supermobile, un focus sur ce nouveau soutien technologique à l’aide d’urgence.
Le mobile est en passe de devenir un vecteur à part entière de l’humanitaire de demain. Sauver des vies avec un SMS ? Aujourd’hui, c’est possible grâce à la géolocalisation.
Au-delà de ses applications ludiques et pratiques, l’intérêt de la géolocalisation est de cartographier en temps réel les incidents. Le procédé est connu sous le nom de « crisis mapping » grâce au « crowdsourcing ». En bon français, il s’agit d’établir une cartographie évolutive de la crise en temps réel via des informations envoyées par SMS ou courriels par les personnes sur place.
La technologie participative en temps de crise
Ce procédé est né au Kenya en 2008, pour faire face aux émeutes post-électorales que subissait le pays. Sur un continent où les mobiles dépassent largement l’équipement en ordinateurs, les incidents étaient relayés par les citoyens grâce à Internet mais aussi par l’envoi de SMS. Il s’agissait alors de contrer la rumeur, et d’informer les citoyens en temps réel de l’évolution de la situation. Ce système d’information, baptisé Ushahidi (« témoignage » en swahili) s’est étendu à une échelle internationale afin de générer des cartographies participatives dans les pays en crise.
Les ONG et les citoyens ont rapidement compris les potentialités de ce vecteur pour assurer la circulation de l’information. Ainsi, Ushahidi a été utilisé aux quatre coins du monde pour venir en aide aux populations sinistrées. Lors des tremblements de terre en Haiti, ou au Chili, les anciennes cartes des zones sinistrées sont devenues inutiles. Les voies praticables ou les campements de fortune des survivants ont pu être localisées au quotidien par les bénévoles ou les sinistrés eux-mêmes.
Un réseau de citoyens solidaires
Ce travail de fourmi est rendu possible grâce à la mobilisation de plusieurs citoyens solidaires. On saluera ainsi l’initiative « CrisisCommons» qui mobilise des « geeks » bénévoles du monde entier pour la mise en place de projets semblables à Ushahidi. Ces développeurs, cartographes, managers mettent leurs compétences au service de l’humanitaire d’urgence. Le premier projet de « CrisisCommons » a été lancé en 2010 avec une application Iphone « Oil Reporter » qui permettait de recenser en temps réel les dégâts de la marée noire dans le Golfe du Mexique. En France, le premier CrisisCamp a eu lieu à Paris le 24 avril 2010.
Car en France aussi, les initiatives alliant les secours à la géolocalisation participative se multiplient. Ainsi, cet été a été lancée l’application « Au Secours » par l’Association Nationale des Premiers Secours (http://www.anps.fr/). Facile, gratuite, cette application permet non seulement d’indiquer votre position mais aussi de vous indiquer les gestes essentiels. Dans le même esprit citoyen, nous vous parlions il y a quelques temps du lancement par la Fondation Casques rouges d’un dispositif facilitant les recherches pour les enfants disparus, « Alerte Enlèvement ».
Basés sur la solidarité et la confiance, les nouveaux procédés de géolocalisation changeront-ils l’humanitaire de demain ? L’émergence des médias électroniques permet aujourd’hui à tout un chacun de jouer un rôle dans la résolution des conflits d’urgence. Le tournant auquel nous sommes en train d’assister marque sans doute l’entrée dans une nouvelle gestion des crises humanitaires : mieux informés, plus efficaces, les secours sont aujourd’hui les maillons primordiaux d’une vaste chaîne qui commence … dans votre poche.